
Je reviens de quelques jours de visite en Alsace, à la rencontre des Alsaciennes et des Alsaciens et j'en profite pour vous faire un petit compte rendu de mon voyage d'étude.
J'ai parcouru plus de 1500 kilomètres dans une grisaille persistante, et pourtant j'ai traversé une région, du nord au sud, haute en couleur qui ne se laisse pas assombrir par une météo hivernale. Les Alsaciens savent vous réchauffer le cœur par leur accueil souriant et leur accent fleuri.
Gastronomie.
Au nord, une première bonne surprise m'attend à Saverne. L'estomac dans les talons, toutes mes rencontres me suggèrent unanimement d'aller me taper la cloche dans Une auberge de référence en plein centre ville. Passé une petite porte ouvragée me voilà plongé dans un décor typiquement Alsacien avec les petits rideaux à carreaux rouges aux fenêtres, les napperons brodés sur les tables, des boiseries sur les murs et les plafonds. Le tout dans une odeur de bons petits plats qui vous met immédiatement les papilles en émoi. La desserte centrale termine de vous convaincre avec les gâteaux au fromage, les kougelhopfs, les strüdels aux pommes et le fameux clafoutis aux cerises et aux quetsches.
J'ai été agréablement accueilli par Antoinette, la directrice des lieux, fidèle utilisatrice de Dromadaire, que je tiens à remercier !
Sarrebourg.
Accueilli par la propriétaire historique de la pâtisserie Antoni de la rue principale, elle m'invite au salon de thé attenant a déguster sans modération la fameuse torche aux marrons, une spécialité à la crème de marrons et chantilly. C'est de moins en moins léger que je suis guidé jusqu'à la Chapelle des Cordeliers pour découvrir le monumental vitrail dessiné par Chagall. C'est tout le pignon de l'église qui s'illumine d'un bleu azur et de fleurs carminées. J'y ai là trouvé une source d'inspiration spirituelle pour mes prochaines créations de dromacartes.
L'artisanat des potiers de Soufflenheim.
La qualité du travail des artisans alsaciens est palpable à chaque promenade. Le travail de la pierre, les colombages sculptés, la restauration des maisons, les harmonies audacieuses des couleurs, le tissage et les broderies, le travail du verre, de la ferronnerie, les peintres décoratifs et peintres en lettres, et enfin les fameuses poteries décorées si précieuses à la réussite des baeckaoffes, terrines & autres gratins, m'ont amenés à visité le fameux village de Soufflenheim pour y découvrir le savoir faire et la maîtrise de ses potiers.
Si la technique est incontestablement maîtrisée, j'ai constaté que la spécialité de la ville de Soufflenheim ne semble pas trouver le renouveau de son art. D'une part, Il est assez difficile de faire la part des choses, entre les vrais artisans locaux et les revendeurs de copies importées, et d’autre part, le style décoratif se marie mal aux cuisines actuelles, et a fortiori dans un contexte extérieur à l'Alsace. J'aurais vraiment aimé rapporter une de ces grosses terrines typiques pour ma maison de campagne, mais, même attaché au décor traditionnel, je n'ai trouvé aucune pièce "délocalisable".
Beaucoup m'ont alors interrogé sur les solutions qui pourraient être apportées. Voici quelles ont été mes recommandations :
Afin d'éviter tout jugement de valeur, la cohabitation entre artisans locaux et revendeurs est tout à fait possible, pourvu qu'un comité d'éthique définisse une règle simple. Une adhésion à une charte commune de signalisation claire et distincte différenciant, les artisans potiers traditionnels, les commerçants de poteries, et enfin les importateurs avec l'origine d'importation.
Une condition néanmoins à la cohabitation : la politique de prix doit être cohérente entre les artisans (plus chers) que les revendeurs de produits de qualité inférieure. On gagne toujours à être transparent pour le consommateur.
Je propose aux élus locaux d'investir dans une équipe conseil en communication afin de mieux cerner la demande des consommateurs et des touristes de passage.
Proposer une modernisation des thèmes, formes et motifs, les couleurs des émaux et des engobes, tout en gardant l'âme du style Alsacien.
Mutualiser ensemble un investissement dans l'intervention de spécialiste de la présentation, de merchandising, et ou des étalagistes.
Enfin convaincre les artisans et commerçants eux-mêmes qu'une remise en question ne nuit pas, qu'elle peut s'avérer salutaire, et même conduire vers un succès retentissant .
Pour la petite histoire j'ai constaté le même problème à Moustier où les commerçants de faïence se livrent une petite guerre à l'authenticité du Moustier véritable, à Anduze où il ne reste plus qu'un véritable potier local situé en dehors de la ville tenu par les fils Boisset. Et enfin à Vallauris très comparable dans la configuration à la ville de Souffleheim.
Strasbourg
Après une brève immersion dans les institutions Européennes, direction le vieux Strasbourg pour une visite des maisons à colombages les plus remarquables comme la Maison des Tanneurs. Les tanneurs encore très présents lorsqu'on se donne la peine de lever le nez et de constater les toitures ouvertes qui servaient de séchoir pour les peaux. L'ill, un affluent du Rhin donnait l'eau nécessaire au tannage.
La cathédrale monumentale en grès des Vosges rouge et ses toitures en cuivre présente à l'intérieur trois éléments remarquables : L'orgue suspendu en nid d'hirondelle, la Chaire (une véritable dentelle de pierre) et l'horloge astronomique.
Une curiosité vient attester qu'en 1200 on avait de l'humour : une colonne gracile se trouve flanquée de gigantesques statues. Les contemporains de l'architecte l'ont défié sur le peu de probabilité que cette colonne résiste dans la durée. L'architecte contrarié mais certain de son ouvrage a répondu : "Je resterai là jusqu'à ce qu'elle s'effondre !" Si vous vous tournez d'un quart de tour vous apercevez l'architecte accoudé au Balcon attendant de voir son œuvre s'écrouler. Voilà déjà 8 siècles qu'il attend cet événement, incarné en statue de pierre, et j'en témoigne, elle tient toujours debout. Ce qui est incroyable, c'est que cette cathédrale a été construite sur pilotis de bois ! Le maître d'œuvre a trouvé risqué d'élever la deuxième flèche. Et c'est pour cela qu'elle n'en a qu'une.
La route des vins
En un mot : magnifique ! Quand vous décidez de la prendre du nord vers le sud l'émotion s'amplifie de villages en villages.
Mon départ commence à Molsheim et Dorlisheim avec la surprise de découvrir le lieu historique de la naissance des voitures Bugatti fondée par Ettore Bugatti en 1909.
Puis la rencontre avec les producteurs des fameux vins d'Alsace, AOC Alsace, AOC Alsace Grand Cru, AOC Crémant d'Alsace. Plus vous rencontrez de producteurs, plus les villages vous paraissent époustouflants ; arrivé à Colmar vous ne savez plus très bien faire la part des choses entre ce que vous ont raconté ces vignerons passionnés par leurs excellents breuvage, hic!, et votre capacité à distinguer la multitude de couleurs chatoyantes des maisons. Hoc ! Trêve de plaisanterie les vins d'Alsace c'est du lourd et du sérieux!
Le Kelsch
C'est à Ribeauvillé qu'une dame m’a conté sa passion pour ce tissu et son histoire.
J'ai appris beaucoup sur ce tissu en lin qui était tissé patiemment par les jeunes filles pour doter leur trousseau du traditionnel linge de maison avant leur mariage.
Toujours écru à carreaux rouge ou bleu (rouge de garance ou bleu indigo), les revers étaient la plupart du temps en lin blanchi. Pour les Kelsch anciens les motifs des carreaux sont tous uniques. Ils étaient l'une des marques de reconnaissance d'une famille à l'autre.
L'origine du nom viendrait de KOELSCHBLAU le bleu de la ville de Cologne (koln en allemagne).
Pour ma part je n'ai pas résisté à l'acquisition d'un Kelsch ancien chiné chez un brocanteur local.
Colmar et le Haut-Koenigsbourg
La cerise (au kirsch) sur le gâteau ! Une petite ville superbe qui conclut en beauté la route des vins. Un passage obligé en Alsace.
Si vous aimez comme moi l'époque des châteaux forts, lorsque vous êtes sur la route des vins c'est un détour qui s'impose. Ce château édifié au 12ème siècle est restauré en 1900 par Guillaume ll (empereur d'Allemagne) alors que l'Alsace est allemande. Seulement huit ans de travaux pour le reconstruire quasiment dans son apparence originale. Sa restauration est menée consciencieusement par l'architecte Bodo Ebhardt qui vise une restitution authentique par une campagne de fouille archéologique méticuleuse. Mais son commanditaire, l'Empereur Guillaume ll, imposera à son architecte de combler ses doutes archéologiques par une vision plus romantique.
Quoique l'on en pense, le résultat est remarquable et préférable à l'état du château lorsqu'il était en ruine.
L'Alsace qui restera dans mon cœur ( en Kelsch bien sûr )
Ma rencontre avec des Alsaciens touchants, souvent drôles, des hommes et des femmes soucieux de leur patrimoine et de leur identité, tournés vers l'Europe. Des artisans hors pair. Un peuple de cœur : pour preuve, je n'ai jamais vu autant de cœurs représentés sous toutes leurs formes.
Merci à tous de votre accueil. Lauris Olivier
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